Ma traversée de la mer Rouge, par Yvan Bourgnon:

C’est avec une centaine de petits bateaux accompagnateurs que je quitte Djibouti : un départ digne de course au large. Dans la première nuit, les Coast-guards qui m’ont abordé m’ont réveillé en sursaut, fausse alerte, ce n’étais pas des pirates, ils souhaitaient juste des cigarettes…
J’ai profité à fond des vents favorables qui m’ont porté les 3 premiers jours, tout en pêchant pour me régaler de bonites. Mais je comprends bien vite que cette mer n’est Rouge que parce que les hommes y laissent de leur sang pour s’en affranchir, même si la palette des rouges qu’elle offre au coucher du soleil est un spectacle unique.
Ce fût l’étape la plus rude depuis le début de mon tour du monde. Ici tout est réuni pour me mettre à l’épreuve avec en premier lieu des vents contraires sur 1500km qui ont soufflé régulièrement à 40 nœuds, des courants également contraires, des vagues courtes qui m’ont donné l’impression que mon petit catamaran Atlantis Télévision allait se désintégrer dans chaque creux au rythme d’un millier de vagues par jour. Je ne peux que remercier le chantier Shoreteam (www.shoreteam.org) d’avoir construit des coques indestructibles et Forward Sailing ( www.forward-sailing.fr ) de solides voiles qui ont pourtant été sévèrement maltraitées …
Il y a eu également les récifs, certes paradisiaques, mais effrayants tant ils sont nombreux. Mais le pire ce sont ces centaines de cargos croisés, fruit d’une société de consommation à outrance, qui ont envahis ce petit paradis. Le soucis c’est qu’ils fonctionnent pour certains à coup de dégazages, et pour d’autres, par le non respect des priorités. A trois reprises, j’ai vu ma dernière heure arriver! En l’absence de vent, je me suis senti impuissant devant ces monstres, devant ce qui aurait pu tourner à la tragédie. Je suis très fâché et je ne veux plus voir ces murs de rouille me friser les moustaches ainsi.
Répondez à la radio, messieurs les capitaines! Pour ma part, je n’ai reçu aucune réponse sur les 25 cargos contactés alors que nous étions en route de collision.
A l’arrivée à Suez, j’ai le profond sentiment d’avoir été chercher loin des ressources, notamment pour pouvoir rester 72h sans dormir, pour pouvoir continuer à manœuvrer un bateau ayant subit de nombreux dégâts: plus de bôme (fissurée), plus de palan de grand-voile (cassé hier soir), l’arrachage du trampoline de la coque, les deux pilotes hors-service…
Hier matin, j’ai soudainement été pris d’une hallucination étrange: depuis plusieurs milles je visais une plateforme pétrolière persuadé que c’était ma maison et que j’allais enfin pouvoir dormir…
Mais il me faut continuer… Au programme: peu de répit, trois jours de bricolage et de formalités pour le passage du canal de Suez qui devrait avoir lieu en début de semaine prochaine …

 

photo © Denis Tisserand

english flag

My crossing of the Red Sea, by Yvan Bourgnon:

 

There was a hundred small boats accompanying me to leave Djibouti: a start worthy of offshore racing. In the first night, the Coast Guards who approached me woke me with a start, false alert, they were not pirates, they just wanted cigarettes …!

I took full advantage of favorable winds that carried me the first 3 days, while i was fishing bonitos to regale me. But I understand very quickly that this Sea is Red only because men leave their blood to overcome it, even if the palette of reds it offers at sunset is a unique spectacle.

This was the hardest stage since the early of my world tour. Here everything is there to put me to the test. First, contrary winds during 1500km, blowing steadily at 40 knots; currents also contrary; choppy waves that gave me the impression that my small catamaran Atlantis Television would disintegrate in each trough at a rate of a thousand waves per day. I can only thank the Shoreteam shipyard (www.shoreteam.org) to have built indestructible hulls and Forward Sailing (www.forward-sailing.fr) solid sails that have been severely abused yet …

 

There were also reefs certainly paradisiac, but scary as they are numerous. But the worst are the hundreds of cargo ships crossed, result of excessive consumer society, which have invaded this small paradise. The trouble is that some empty their tanks and the others don’t respect priorities. Three times I saw my last hour coming! With no wind, I felt helpless in front of these monsters, in front of what could have turned into tragedy. I am very angry and I do not want to see these rusted walls  so close to me again.

Answer the radio, gentlemen captains! For my part, I have not received any reply on 25 cargo ships contacted while we were on a collision course.

On arrival at Suez, I have a deep feeling of having been looking far away resources, particularly in order to stay 72 hours without sleeping, to continue to operate a boat which has undergone a lot of damage: crack on bome, no more mainsail tackle (broken last night), the snatching of the trampoline from the hull, the two pilots out of order…

Yesterday morning, I was suddenly seized by a strange hallucination: I was aiming since several miles an oil platform convinced that this was my home and that I would finally be able to sleep …

But I must go on … At program: some respite , three days of tinkering and formalities for the Suez Canal passage that should take place early next week …