Je naviguais tranquillement dans la pétole

Propos recueillis le 30 novembre 2013

Hier, je naviguais tranquillement dans la pétole ça n’avançait quasiment pas et puis j’ai vu l’orage arriver. J’ai anticipé, j’ai réduit la voilure. Le vent est rentré très violemment; j’ai pris la décision d’affaler la grand voile. Pendant ce temps c’est rentré très très fort, 50, 60 nœuds, je ne sais pas exactement. Je suis parvenu tant bien que mal à attacher la grand voile. Je n’arrivais plus à enrouler le foc; il y avait trop de vent. J’ai dû lutter une heure avec le bateau pour le tenir debout, avec le foc encore déroulé. Le vent à fini par se calmer un tout petit peu, j’ai fini par réussir à l’enrouler.

Et là, c’est re-rentré – t’imagines même pas – d’une violence inouïe. Je me suis fait retourner, comme une crêpe, sans voiles à bord.

Le bateau s’est mis sur le côté. Heureusement j’étais attaché mais il dérivait très très vite. J’arrivais à peine à tirer sur ma ligne de vie pour remonter sur le bateau. J’ai bataillé pendant environ une heure pour essayer de redresser le bateau – en faisant notamment pencher le mat. En inclinant bien le bateau par rapport au vent, j’ai réussi à faire qu’il se redresse quasiment tout seul. Après, j’ai dû lutter pour remonter sur le bateau parce qu’il est quand même haut et qu’il avançait tout seul. La chance que j’ai eu c’est que je n’ai rien de cassé; j’ai juste perdu de la nourriture, des couteaux, des conneries comme ça, parce que j’avais tout protégé.

Là, je suis à sec de toile, pour essayer de dormir. Je n’arrivais pas à dormir cette nuit, tellement ça secouait. Il y a encore 35 à 40 nœuds de vent en ce moment. Rien que de se tenir accroché au bateau c’est un effort énorme. Heureusement j’étais en plein potentiel physique. Mais là, je suis un peu diminué… malgré que j’ai dormi trois heures d’affilée, je suis un peu fatigué. Et puis il faisait jour; je me dis heureusement; parce que la même chose de nuit… ça aurait été de la folie.

Ça fait quand même 36 heures que je lutte comme un fou pour passer les grains et à me faire tabasser. Parce qu’il faut bien penser qu’à chaque vague le bateau tape comme un dingue. D’ailleurs, là, j’ai un peu mal au bateau. Il a été étudié pour un parcours qui est quatre-vingt pour cent au portant, et là, c’est pas vraiment ces conditions.

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